vendredi 19 octobre 2012

La Fierté du Porc Français

Après le Petit Journal d'hier qui proposait  un excellent reportage sur le déplacement de Hollande en  République Démocratique du Congo, le numéro de ce soir mérite un post sur ce blog puisqu'il y est question de publicité mensongère (6ème minute).

Comme par hasard, il s'agit encore une fois de l'industrie de la viande, proprement appelée la "filière porcine". En France, 25 millions par an de bêtes tuées.

Mais comment faire autre chose que de la publicité mensongère quand on doit gérer l'image d'un système d'abattage de masse ? Quand la vérité, c'est l'horreur *, il est d'autant plus important de la cacher, et la publicité le fait si facilement ! Voilà donc la réponse adéquate, fournie par l'agence Publicis Active, pour la viande de Porc Française, qui présente, tout simplement, des "éleveurs" heureux d'être fiers (ou le contraire) :



Notez le cochon propre, souriant, et quasi sautillant ! Le parcours du regard se termine sur ce sourire fier d'être heureux d'être un porc... On n'est pas loin de la starisation du Fox Terrier sur le pont des Arts dans ce chef d'oeuvre de Doisneau (cf.  l'analyse de JM Floch, Les Formes de l'empreinte) :



Sauf, comme le révèle Yann Barthes, que ces prétendus "éleveurs heureux" sont en réalité des acteurs...
Prénom, profession, "engagement", c'est une fausse fiche d'identité qui est dressée.

Je suis toujours à la recherche de juristes qui pourraient suggérer une réponse appropriée à ces différents types de publicité mensongère, dont la puissance manipulatoire dans l'imaginaire collectif est totalement hors de contrôle pour l'instant...

Dans ce cas précis, il vaudra mieux compter sur le droit européen !


* Sans parler de la castration et l'abattage, la norme d'espace minimum par animal pesant de 50 à 85 kg, soit notre équivalent, est de 0,55 mètres carrés, c'est-à-dire un rectangle de moins de 30cm sur 20cm - ou plutôt, c'est la norme qui doit être mise en place d'ici 2013...

lundi 21 mai 2012

Un fabricant de baskets rattrapé par une publicité mensongère


Tiré du Monde du 21/05/2012 :
" La solution minceur miracle proposée par le chausseur Skechers aura eu pour effet d'alléger le portefeuille de l'entreprise de 40 millions de dollars (environ 31 millions d'euros). Faisant face à plusieurs plaintes de clients s'estimant dupés par la publicité qui vantait le pouvoir amincissant des baskets du fabricant, la firme vient d'annoncer qu'elle s'aquitterait de cette somme pour mettre un terme à ces procédures judiciaires. Le régulateur américain du commerce (Federal Trade Commission) a ainsi indiqué que les consommateurs dupés pourraient demanderà se faire rembourser leur achat (...) L'an dernier, une autre marque de baskets, Reebok, avait dû faire face à des plaintes similaires. La firme avait alors provisionné 25 millions de dollars pourprendre en charge le remboursement des clients mécontents de ses modèles EasyTone et RunTone, rappelle The Huffington Post. "
Les entreprises, qu'elles soient américaines ou françaises, peuvent-elles comprendre un autre langage que celui du portefeuille ? Pourquoi ne risquent-elles pas de telles sanctions en France ? 

dimanche 9 octobre 2011

le Timbre Vert fait plouf



Ce n'est pas à proprement parler une publicité mensongère, mais le lancement du "Timbre Vert", par la future entreprise privée "La Poste", mérite tout de même un prix spécial dans ce blog : celui de l'opération de communication la moins écolo, jamais menée par la Poste.

D'abord, qu'est-ce que le Timbre Vert ? Un timbre vert ? Pas spécialement. Vous pouvez tout à fait acheter un "Timbre Vert" bleu :


ou affranchir vos lettres au tarif "Timbre Vert", en utilisant 57 timbres d'un centime d'euro chacun. Mais ce ne serait pas très écolo, n'est-ce pas ?

S'agissant de la consommation inutile de papiers, d'encres et d'efforts humains, vous ne pourrez battre La Poste sur son terrain de jeu favori : les opérations de publicité en boîte aux lettres. 

Voici trois photos du lourd dépliant envoyé à quelques millions d'entreprises en France :



Le papier est prétendument PEFC, mais notez l'emballage plastique individuel du timbre, et le traitement chimique du papier lui donnant plus de douceur et de brillance...
Je me demande aussi comment ont été acheminées les dizaines de tonnes de ces courriers publicitaires. En avion ? 
Ajoutons à cela les millions d'euros investis en publicité pour le Timbre Vert dans les médias, à convertir en équivalents carbone, et l'on peut estimer que le Timbre Vert est le timbre dont le lancement commercial aura laissé la plus sale trace écologique. 
  
Ce ne serait peut-être pas si grave, si cela n'attestait pas du changement de camp de La Poste. Abandonnant l'intérêt général, cette vénérable institution se prépare désormais à servir ses prochains maîtres, futurs (?) détenteurs de son capital. Sa stratégie de communication s'inscrit dans celle, plus globale, du conservatisme, consistant notamment à récupérer et désémantiser les discours contestataires, et notamment écologiques. Une stratégie, jusqu'à présent, largement gagnante. Sous les déferlantes publicitaires, la défense de l'intérêt général est en train de se diluer, même de se noyer. 
Ceci n'est pas un Timbre Vert, c'est une bouteille à la mer...

mardi 1 février 2011

Le triste anniversaire selon Yves Rocher


L'anniversaire... Puisqu'il s'agit de fêter le jour d'un accouchement, la fête d'anniversaire ne devrait-elle pas honorer la mère, en mémoire de sa souffrance et de sa générosité, plutôt que celui qui est né, qui n'y est pour rien, et à qui l'on ne fait que redonner encore, au lieu de lui apprendre à rendre, remercier ? Oui, l'anniversaire pourrait être le jour où l'enfant remercie ses parents... (Pourquoi pas, alors, un cadeau symbolique des parents pour initier l'acte de remerciement...).

Et pourtant : les anniversaires ressemblent le plus souvent à des célébrations purement matérialistes, mais surtout narcissiques (cf. le navet "L'anniversaire"), du héros du jour (héros de quoi ?), auxquelles participent des amis espérant peut-être le renvoi d'ascenseur... (invitation, présence, cadeaux).

Que les enfants, qui ont soif de reconnaissance, profitent de cette occasion pour apprendre à rassembler leurs copains autour d'eux, et que les parents en profitent également pour nourrir le lien familial de repères temporels et éducatifs ("grandir"), soit. Mais, une fois adultes, combien d'entre nous n'y voient plus de sens, sinon la ponctuation majeure d'un inéluctable vieillissement, motif de méditation plutôt que de festivités ?

Heureusement, pour celle* qui aurait désespérément besoin d'une pommade à l'extrait naturel de narcissisme, Yves Rocher est là.

Il est là pour lui dire des mots doux ("chère Mademoiselle"), pour s'adresser à elle en toute intimité : "rien que pour vous", "nous vous avons réservé un cadeau très personnel", pour lui promettre monts et merveilles "privilèges exclusifs et délicates attentions..." les points de suspension laissent alors l'imagination fertile s'envoler vers des îles naturelles et sauvages où la demoiselle se retrouverait en tête à tête avec Yves (toujours vivant et fringuant, sur cette île mystérieuse où il prépare des onguents).
Et bien qu'il ait "30 millions de clientes", "il y a des dates qui ne s'oublient pas : votre anniversaire !"

Quelle mémoire !
Ou plutôt, quelle supercherie, qui prend vraiment ses clientes pour des idiotes !

En bonus, spécialement pour toi qui me lit à cet instant, grattons vite notre "avantage exclusif", rien que pour nous !

video

Wow, 100 pétales "offerts" si vous passez commande ! Ca, c'est ce qui s'appelle un beau cadeau d'anniversaire rentabilisé, pardon, personnalisé !

Or, ma chère maman est cliente d'YR. Je sais donc ce qu'il me reste à faire : lui offrir un beau bouquet de fleurs (ce qui est tout de même plus correct que des pétales) à chacun de mes prochains anniversaires, et, ne soyons pas bégueule, un autre pour son propre anniversaire (sans oublier ma grand-mère), pour les remercier et leur dire mon amour tant que c'est possible. Et pour renvoyer définitivement ce goujat d'Yves Rocher à son étude approfondie des vers de terre.

* ce n'est pas moi qui féminise, mais bien l'émetteur qui n'a que des "clientes". J'ai longtemps reçu des courriers pour "Mademoiselle Aymeric"... Ce qui n'était pas pour satisfaire mon narcissisme !

jeudi 4 novembre 2010

Jet-Boulette-Pepetes


Ah, voyager en business class, pouvoir étendre ses jambes et avoir "l'agréable sensation de voler à bord d'un grand jet privé", comme le promet la marque Open Skies sur son site internet... Quelle alléchante promesse pour un avion de ligne !
Avec Openskies, pourrons-nous vraiment choisir notre horaire de décollage, recruter nos hôtesses, ne jamais faire la queue, fumer, et surtout refuser que des inconnus montent à nos côtés ? Ou alors, s'agit-il d'un vilain mensonge, nous prenant pour des imbéciles à l'aide d'un pompeux oxymore : "grand jet privé"... S'il est si grand, c'est parce qu'il est tout sauf privé !

Initialement, voici la publicité qui m'a amené sur le site d'Openskies (parue dans plusieurs magazines début octobre 2010, notamment les journaux gratuits type 20 minutes) :


Alléchant, non ? L'offre est claire : réservez un voyage avant le 30 novembre, indiquez une raison d'insatisfaction, et le voyage sera intégralement remboursé : "NE PAYEZ RIEN".

Alors, qu'y a-t-il de mensonger dans cette annonce ?
Premièrement, il y a un mensonge chronologique, puisqu'il s'agit d'une offre de remboursement. Vous devrez donc, d'abord, payer (un billet d'avion à plus de 1000 euros), puis espérer être remboursé. C'est la porte d'entrée du mécanisme mensonger.

Comment être remboursé ? Cela semble facile tant la raison proposée par la publicité est stupide : "Parce que... Il n'y a pas "avion" dans métro-boulot-dodo". Puisque c'est l'émetteur lui-même qui donne cet exemple, il ne pourra refuser aucun motif de demande de remboursement, même le moins idiot. Il y a tant de bonnes raisons de ne pas être satisfait d'un vol en classe affaire : "parce que dans votre jet, je me suis senti privé de compagnie", "parce que les avions polluent et qu'il faudrait interdire les classes affaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre", ou, sésame à tous les rêves, "parce que le jet privé à vos frais, je le vaux bien"...

La compagnie sera contractuellement obligée de vous rembourser, et elle le fera sûrement, selon ses termes et conditions, où réside précisément le délit de publicité mensongère...

Le "NE PAYEZ RIEN" de la publicité, relayé sur le site web, se transforme, dans les clauses de l'offre, en : "Le remboursement portera sur le prix du billet d'avion, hors taxes aéroportuaires, surcharges carburant, frais de réservation", etc., etc... Tout dépend donc de la répartition entre ces différents frais, et donc, le taux réel de remboursement.

Nous voilà donc réservant un billet pour New York. Nulle part pendant la commande il n'est possible de connaître la répartition entre le prix du billet et les taxes. Une fois le vol réservé et payé, l'information apparaît en anglais : Fare Details792.50 EUR + 267.14 EUR + 10.00 EUR * (Taxes/Fees/Charges) = 1,069.64 EUR.

Est-ce clair ? Non, pas vraiment... Mais voilà ce qu'il faut comprendre : 792,50 euros de taxes, 267,14 euros pour le billet. Donc, sur les 1069 euros débités pour ce vol, et dans le cas où vous avez parfaitement effectué la procédure, le remboursement sera de 267 euros, soit à peine un quart du prix du billet, tandis que 802 euros restent à votre charge ! La promesse "NE PAYEZ RIEN" n'est en réalité qu'une offre de remboursement de 25% de la somme dépensée.

Ainsi, Openskies se paye à bon compte une réputation de compagnie "irréprochable", prête à rembourser toute personne qui ne l'admettrait pas. Dans les faits, combien de personnes oseront utiliser cette offre ? Combien, parmi les lecteurs de journaux gratuits (distribués aux bouches de métro le matin), seront prêts à débourser plus de 1000 euros pour partir à New-York en business class dans les semaines qui suivent ? Des filtres quasiment paradoxaux qui devraient réduire à très peu le nombre de victimes réelles de l'arnaque. Et parmi celles-ci, combien oseront porter plainte ?

Le problème général de la lutte contre la publicité mensongère, c'est qu'elle révèle le caractère fondamentalement inégal et disproportionné de la publicité. Ne vous êtes-vous jamais demandé comment la publicité, qui est aujourd'hui le moteur de l'économie (à commencer par les médias), pouvait être rentable ? Comment se faisait-il qu'une marque de lessive puisse être gagnante en versant 100 000 euros à TF1 pour 30 secondes d'antenne, sans parler du coût de production ? L'explication est simple et réside dans les effets de masse, difficiles à percevoir instinctivement. Un exemple pour résumer : si vous êtes la marque la plus demandée, vous êtes sûr d'être vendu en supermarché. Donc, même ceux qui ne regardent pas TF1 vous achèteront...

La législation actuelle est donc trop naïve envers les marques et la communication mensongère, puisqu'elle n'intègre pas ces effets de masse à la protection des consommateurs. Elle ne protège, a posteriori, que ceux qui ont eu le courage de porter plainte malgré les risques importants pour eux (frais de justice, pression, etc.), et le petit gain espéré (difficile d'arguer le préjudice moral).

Les valeurs humanistes et l'histoire du 20ème siècle nous ont appris à détester la délation inter-individuelle. Mais ne faudrait-il pas instaurer un système de primes ou de protection afin que les citoyens osent se défendre contre l'empire des marques ?

Conclusion : n'ayant pas les moyens d'engager une procédure, j'ai utilisé mon droit de rétractation ; et "je ne recommanderais pas Openskies parce que... ils méritent d'être poursuivis en justice pour publicité mensongère !"

Prochain post : les cadeaux "personnalisés" d'Yves Rocher :D

jeudi 3 septembre 2009

Un petit goût de rentrée dans le lard

Pour démasquer la publicité mensongère, rien de tel qu'une petite vidéo en caméra cachée sur la réalité du mode de fabrication du produit.

Voici donc comment la publicité valorise le consommateur, roi des chasseurs :
pub Charal

et voici quelques images de la réalité de ce digne combat entre l'homme et son gibier
attention, images choquantes et visionnage sur inscription - sachez simplement que les bêtes sont pendues par les pieds au moment de leur couper la trachée

Faut-il interdire la publicité, à l'exclusion de celle montrant la réalité du produit et de son mode de fabrication ?
Les vendeurs de viande feraient sûrement moins de publicité.
Avantages : nous aurions moins de maladies cardio-vasculaires, il y aurait moins de CO² dans l'atmosphère...
Inconvénients : nous ne serions plus brossés dans le sens du poil par Charal, et il faudrait compter sur autre chose que les publicités pour s'en payer une bonne tranche.

Listes sûrement incomplètes !

vendredi 26 juin 2009

Se shooter plus au café pour blogger plus

Veille de fête des pères, je vais voir à la boutique Nespresso : il paraît qu'on peut y déguster un café avant de s'engager à vie avec eux (rappel : les cafetières Nespresso ne peuvent être utilisées qu'avec des dosettes Nespresso, qui sont vendues en exclusivité dans les boutiques Nespresso), et puis, ce serait un beau cadeau familial pour remplacer l'entonnoir, non ?
Certes, le café, à l'unité, coûte ensuite 6 fois plus cher ; mais n'est-il pas 2,7 fois meilleur ? (il faudrait faire des études de consommateurs pour confirmer ce chiffre, car, l'important, pour le prix comme pour le goût, c'est ce qui est perçu).
Donc, dans la boutique, beaucoup de clients, (une dame, la soixantaine, aux cheveux peroxydés, en sort en se plaignant à sa famille qui l'attendait : "devant moi il y avait des vieilles, ça a mis des heures"). Je demande à déguster un café, on me dit que c'est seulement dans un processus d'achat et l'on me renvoie à l'accueil.

Et là, voici le spectacle :
50 euros la machine Nespresso ? C'est cher ou pas ?
Ah tiens, elles sont toutes à 50 euros ?





Bah non, évidemment, c'est une offre de remise de 50 euros, c'est marqué, en tout petit. C'est évident de toutes façons, une machine Nespresso utilisée par George Clooney, ça ne peut pas valoir 50 euros.

Car c'est bien selon ce critère que cet affichage pourrait être jugé comme mensonger ou non : la différence entre le prix normal du produit et le prix affiché est-elle disproportionnée ? Si oui, le bon sens du consommateur doit lui faire comprendre qu'il ne peut s'agir du prix, mais, soit d'une erreur d'affichage, soit d'une autre explication... (cf. juriprudensce, par exemple T. Corr., Paris, 13 avril 1993, Gaz. Pal. 1983, jur. P. 343 : le slogan " la pile Wonder ne s'use que si l'on s'en sert" n'a pas été jugé de nature à induire en erreur, le public ne pouvant se dispenser du moindre effort d'attention ou de reflexion.)


Au vu de ces photos, il ne serait pas ridicule de poursuivre Nespresso de façon à les obliger à vendre toutes leurs machines à 50 euros... c'est un prix normal pour une machine à café et sans aucun doute supérieur aux coûts de fabrication (si l'on exclut les frais de tests de chaque machine par George Clooney).

Mais au final, il faudrait toujours acheter la dosette de "drogue du travail" aussi cher ! Allez, je vais me faire un café entonnoir : j'ai la version sans fil !